Rencontres :
René Baillieul
Mireille Girardo
Mario Grosso
Henri Julien
J.-P. Laigle
Jeannine. Leïd
Joseph Pellegrino
Lucien Sapin
Roger
Martin
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René Baillieul
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Après 9 ans de pêche dans le
tumulte des océans glacés,
après 33 ans de labeur ingrat dans la restauration collective, jeter, enfin, l'ancre de la vie dans un havre de paix ... à GONFARON ! |
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Normandie, Seine Maritime, Pays de Caux, 1941,
en pleine guerre, naît un petit moussaillon prénommé René,
entouré bientôt de 10 frères et soeurs. Vie difficile
dans le village d'Oherville où dès l'âge de 14
ans – fin de l'obligation scolaire- il est impératif
de se faire engager comme apprenti. Il faut dès lors quitter
la cellule familiale pour gagner sa croûte et réduire
d'une bouche à nourrir la charge de parents modestes.
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Après avoir pendant quelques temps travaillé dans
une ferme, René Baillieul est embauché en tant que « mousse » sur
le chalutier « Le bois Rosé » appartenant à la
société Duhamel. C'est du port de Fécamp que
le bateau de pêche de 1500 tonnes part à l'assaut de
l'Atlantique, pour des campagnes de pêche de 3 mois, avec 60
hommes à bord.
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Ci-contre le chalutier "Bois rosé"
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Mais quel est donc le boulot d'un petit mousse
? Espérons
que cela n'a rien à voir avec la chanson: « il était
un petit navire »! Deux tâches sont traditionnellement
réservées au jeune apprenti : achever le nettoyage
de l'intérieur des poissons pêchés en enlevant
toute trace de sang, apporter, à chaque repas, les gamelles
de la cuisine au réfectoire des matelots. A 3 mois de travail en mer succèdent 2 semaines de repos en famille. Pour le père de René, il ne faut pas que cela dure plus longtemps. Et pourtant, René rapporte à sa famille la totalité de sa paie! A cette époque, c'est d'ailleurs la règle habituelle dans la plupart des familles : le salaire des aînés sert à élever les plus jeunes et parfois, à aider les parents à survivre. |
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En 1961, l'armée convoque René Baillieul.
Il doit se présenter à Hourtin près de Bordeaux
en tant que milicien. Heureusement, le travail dans la marine est,
en ce temps, considéré comme un service à la
nation. Après avoir immortalisé chez le photographe,
le prestigieux uniforme de la Marine Nationale, René réussit à se
faire réembaucher par son ancien armateur.
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Le voilà reparti pour de nombreuses saisons
de pêche à la morue et au flétan. Son quotidien
est rythmé par la navigation en haute mer du côté de
St Pierre-et-Miquelon, Terre Neuve, les côtes des Etats-Unis,
du Canada et de la Norvège. Le chalutier se faufile parfois
parmi les icebergs, avec vue sur des bandes de phoques, dérivant
sur des plaques de glace. Fait rarissime : apercevoir dans le lointain
un énorme ours polaire! Par contre, ce qui est assez fréquent,
c'est le ballet sympathique et animé des dauphins semblant
prendre plaisir à faire un bout de route avec l'embarcation.
Ces rencontres ne compensent pas la vie sans distractions ni intimité des pêcheurs 3 mois durant. Les équipes en action se relayent de 6 en 6 heures, chaque équipe assurant 12 h de prestation par jour. Les matelots sont logés dans des cabines de 12 personnes, leur petit coin de vie personnel se réduit à l'une des couchettes superposées dotées de petites armoires. |
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Après avoir servi sur le « Bois
Rosé »,
René Baillieul est affecté à diverses fonctions
sur le « Belle Normandie ». En tant que « matelot »,
il fait partie de l'équipe qui relève le filet et décharge
sur le pont du chalutier les 15 tonnes habituelles de prises. Les
marins sont littéralement prisonniers jusqu'à la taille
de la masse frétillante. D'autres s'occupent de saler les
morues, de réaliser sur place les conserves de poissons, d'extraire
l'huile des foies de morue et de transformer en farine de poisson,
les prises moins nobles et les déchets. Les autres espèces également
récoltées : homards, langoustes et coques, sont rejetées à la
mer. On le constate, pas de glace ni de surgélation sur ce
type de chalutier des années 60-70. « Ah! Les jours
bénis par l'équipage quand le cuisinier leur mitonnait
des joues de cabillaud et des langues ... » , il paraît
que c'est délicieux et cela apportait un peu de variété dans
le menu « poisson » quotidien.
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![]() Le chalutier "Belle Normandie" |
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Au fil des années, les fonctions de René Baillieul évoluent
: de matelot, affecté à la pêche, il devient
ramendeur. A ce poste, il se consacre à l'entretien du matériel
de pêche et à la réparation du chalut ou filet,
pièce essentielle du chalutier.
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Notre marin se souvient aussi d'une journée
harassante et synonyme de perte financière pour tout l'équipage
dont la paie dépendait de la quantité et de la qualité des
poissons pêchés. A la relevée du chalut, les
matelots constatent une résistance anormale, pas moyen de
sortir les prises de l'eau. Le filet est en effet équipé de
lourdes sphères d'acier, entourées de bourrelets en
caoutchouc, qui traînent sur le fond marin et maintiennent
la gueule du chalut ouverte. Un énorme cachalot s'y est engouffré...il
a fallu couper le filet pour libérer le monstre d'environ
25 mètres... perte totale !
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La vie dangereuse – son meilleur ami décéda, tué sur le coup, par une planche mal arrimée lors d'une violente tempête,– et l'envie de vivre dans l'intimité d'un « chez soi », l'amènent en 1966, à quitter la marine et à chercher un travail à terre. Il est engagé dans les cuisines de la restauration collective de la commune de Gennevilliers, au nord de Paris. En 1982, il épouse une collègue de travail qui, par bonheur, est toujours à ses côtés. |
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En tant qu'aide, puis ouvrier professionnel et
en fin de carrière, agent de maîtrise, il s'affaire
avec ses collègues à la préparation des 4500
repas distribués dans les homes et les écoles de
la commune. Pour échapper à l'exposition permanente
aux vapeurs grasses, dans des locaux pas ou mal ventilés,
il se décide, après des années, à demander
son intégration dans l'équipe chargée du nettoyage
des légumes. Pas de problème car il y a peu de candidats
pour ce travail ! Imaginez les montagnes de crudités qui
leur passent par les mains : pour un potage : 500 kg de pommes
de terre, pour une purée : 800 kg, des palettes entières
de poireaux, de radis, de tomates, etc...Conséquence de
cette activité : Arrivé à la retraite en 1999, après 31 ans de services en cuisine, ses bronchites chroniques le poussent à trouver un lieu au climat plus sain. C'est à Gonfaron qu'il trouve son bonheur : une maisonnette à louer, un bout de jardin .... et enfin la liberté d'être créatif : aménager ce lieu de vie en un cocon fertile en petits bonheurs: fleurs et légumes que l'on regarde pousser lors des pauses sous la tonnelle, en sirotant un vin de pays; basse-cour avec des volailles câlinées, minet paisible que l'on caresse au passage et enfin, trouver le temps de concrétiser sa mémoire de marin en réalisant, de manière empirique, une belle maquette ... de ... devinez donc : d'un chalutier ! Il a aimé la vie dans les vents furieux du Grand Nord. Pour raviver ce souvenir, le mistral remplit son office. Toutefois, ce que René Baillieul aime le plus aujourd'hui, c'est de laisser paisiblement couler le temps dans son havre de paix , baigné par les brises soyeuses que lui offre le Massif des Maures tout proche. Concluons, avec le poète Kahlil Gibran (1883-1931) , cette rencontre empreinte de confiance: « Seul est grand, celui qui transforme la voix du vent en un chant que son propre amour aura rendu plus doux. » |
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| Témoignage recueilli et rédigé par
Germaine DUFRENE-SEQUARIS. Copyright 05/2006 : association gonfaron.net - Gonfaron |
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merci à Jack Daussy (photos de
chabtiers) et Patrik Neveu. |
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